La « Sécurité sociale de l’alimentation » (SSA) était à l’ordre du jour de la réunion du Conseil municipal, hier. A été votée une convention liant la Ville de Grenoble et une Mutuelle de la région, qui va conduire un projet concret qui se revendique de la SSA. Extraits vidéos et résumé des points clefs
Mise à jour : 29/03/2025
La convention entre la Ville et l’Union des Mutuelles de France Savoie a été adoptée. Les élus du groupe de la majorité (partis des Écologistes, des Communistes, LFI et mouvements citoyens) ont voté pour ; les autres groupes se sont abstenus ou ont voté contre. La subvention accordée sera de près de 230 000 euros pour la première année.
Le choix de cet organisme résulte d’un appel à projets lancé en janvier 2025. Un seul dossier aurait été déposé. Un jury composé de trois élu(e)s et trois experts a donné un avis favorable.
Selon les propos de l’élu Antoine Back, le projet, conduit par une Mutuelle en partenariat avec un groupe d’acteurs locaux (associations et entreprises), devrait démarrer en juin, avec une cinquantaine de foyers concernés et 300 à la fin de l’année 2025. Chaque foyer cotiserait selon ses revenus, et tous recevraient au moins 100 euros, plus 50 euros par personne du foyer (dans la limite de quatre personnes). Ces sommes seraient versées dans la monnaie locale Le Cairn et seraient utilisables dans un premier temps dans des lieux de vente et des restaurants pré-sélectionnés (dont les structures partenaires de la Mutuelle).
Si le calendrier énoncé est suivi, l’assemblée démocratique de l’alimentation, instance centrale dans une initiative de type SSA, ne sera mise en place qu’au démarrage du projet, et non en amont comme dans toutes les autres initiatives SSA lancées en France. Composée d’habitantes et habitants, cette assemblée a pour mission de choisir, de « conventionner » les endroits où il est possible d’utiliser l’allocation versée. C’est aussi le lieu de formation des habitantes et habitants aux enjeux agricoles, alimentaires et environnementaux, d’où sa mise en place préalable. Dans une initiative labellisée SSA, les choix des lieux « conventionnés » doivent résulter d’activités de formations, puis de délibérations démocratiques et argumentées, ce qui est long et lent.
Au début de la réunion, le Maire Éric Piolle a insisté sur la mise en place de « communs », que permettrait ce projet : extrait vidéo (cliquer sur ce lien direct vers le bref passage en question : 30 s).

Deux élu(e)s sont intervenus pour présenter et défendre la décision de soutenir ce projet : Lucile Lheureux et Antoine Back, la troisième élue concernée, Salima Djidel-Brunat, étant absente de la réunion.
Lucile Lheureux a pris d’abord la parole pour insister sur l’urgence à agir et sur le nouveau droit à l’alimentation que constitue un projet SSA.

Puis Antoine Back est intervenu pour mettre aussi l’accent sur cette urgence et ce nouveau droit à créer.
Avant de présenter la procédure de sélection suivie et les grandes lignes du projet sélectionné, il a beaucoup insisté sur l’implication des élu(e)s et des agent(e)s de la Ville depuis deux ans.
Il a terminé en expliquant la procédure de pré-choix des lieux où utiliser l’allocation, précisant que l’assemblée démocratique de l’alimentation (appelée « Comité citoyen ») serait mise en place l’été prochain.

Les deux élu(e)s n’ont pas précisé la liste des organismes impliqués aux côtés de la Mutuelle savoyarde, ni expliqué comment celle-ci s’est retrouvée tête de réseau du projet, et pas davantage évoqué l’association GRAAL qui a été créée l’été dernier pour porter ce projet et qui avait obtenu une subvention en novembre 2024.
Après ces deux interventions, il n’y a pas eu de débat argumenté sur les caractéristiques et la pertinence d’un projet de type SSA, et sur le rôle d’une collectivité territoriale dans l’élaboration et la mise en place d’une initiative locale se revendiquant de la SSA.
L’opposition de droite et de centre droit a surtout critiqué le choix de la monnaie locale Le Cairn qui rencontre beaucoup de difficultés depuis son lancement en 2017. Et elle s’est référée aux dispositifs existants de distribution gratuite de produits alimentaires, sans évoquer ce qu’apporte de nouveau une initiative SSA.
L’opposition de gauche et écologiste (Ndlr : à Grenoble, les socialistes sont dans l’opposition, ainsi que quelques élu(e)s écologistes et de gauche qui ont volontairement quitté la majorité ou ont été exclus) s’est interrogée aussi sur la pertinence et les risques d’utiliser la monnaie Le Cairn. Elle a fait part de ses questionnements sur le devenir de l’association GRAAL, et sur le manque d’informations concernant tout le travail de réflexion et de co-construction en amont.
D’après les informations recueillies ces derniers jours par oYez, l’association GRAAL ne serait pas dans un état « post-mortem » (comme s’est interrogé un élu d’opposition), et continuerait de travailler à la mise en place d’un système inspirée de la SSA.
Extrait vidéo de ces deux interventions et des échanges qui ont suivi : lien direct vers l’extrait qui dure 45 min.